Préparer sa moto trail pour le tout-terrain

Rouler en offroad ou participer à un événement comme le HAT Sanremo / Sestrières, le Hard Défi Tour, le Creuse Moto Tour ou tout autre raid tout-terrain demande un minimum de préparation.

Même si chaque sortie, chaque événement a son niveau de difficulté, le principe reste le même : ta moto doit être fiable, protégée, bien réglée et adaptée à ton gabarit, à ton rythme et au terrain que tu vas rencontrer.

L’objectif n’est pas forcément de transformer ta moto en machine de course. Dans la plupart des cas, il s’agit surtout de partir avec une moto cohérente, confortable, solide et capable d’encaisser plusieurs jours de roulage dans la poussière, les cailloux, la boue, les ornières, les montées, les descentes et parfois les longues liaisons.

Voici les points essentiels à vérifier ou à modifier avant de t’engager sur ce type d’événement.


1. Les suspensions : la base de la préparation

Si je devais commencer par un seul point, ce serait celui-là : les suspensions.

C’est ce qui permet à tes roues de rester en contact avec le sol, quel que soit ton niveau technique, ta vitesse ou l’état du terrain. Une moto mal suspendue fatigue plus vite le pilote, tape dans les bras, rebondit, perd en motricité et peut vite devenir difficile à contrôler.

L’idéal est de faire régler tes suspensions en fonction de :

  • ton poids ;
  • ton équipement ;
  • ta vitesse de roulage ;
  • ton niveau ;
  • ton type d’utilisation ;
  • la charge éventuelle sur la moto ;
  • le terrain rencontré.

Dans certains cas, un simple réglage suffit. Dans d’autres, il faudra envisager une vraie préparation interne, avec ressorts adaptés et hydraulique retravaillée.

Il faut vraiment se rapprocher de personnes qui connaissent leur travail. En PACA, par exemple, on peut citer 4.42 Suspension ou encore GPRP Suspension, deux préparateurs sérieux et reconnus.

Si ta moto le permet, augmenter légèrement la garde au sol peut aussi être intéressant, surtout sur les gros trails qui touchent vite dans les pierres ou les marches.


2. Les protections

Le sabot moteur : protéger le bas moteur avant tout

En tout-terrain, le sabot moteur n’est pas un accessoire esthétique. C’est une vraie protection.

Sur certains moteurs exposés, notamment les gros trails comme la KTM 890 Adventure, il vaut mieux ne pas négliger ce point. Avec les nombreux retours que je peux avoir de clients, d’amis ou de membres du club, les sabots AXP sur KTM 890 ne sont pas ceux que je conseillerais en priorité pour un usage offroad. Sur cette moto, je resterais plutôt sur un sabot aluminium bien conçu.

En revanche, sur d’autres modèles, les sabots AXP peuvent très bien faire le travail. Ils ont aussi l’avantage d’être souvent moins bruyants que l’aluminium.

Attention tout de même à un point important : certains sabots peuvent faire perdre de la garde au sol. On peut parfois perdre entre 1 et 3 cm selon les modèles. C’est notamment le cas sur certaines versions pour Ducati DesertX ou encore KOVE 450 Rallye.

Avant d’acheter, il faut donc regarder :

  • le niveau réel de protection ;
  • la résistance aux impacts ;
  • la fixation sur la moto ;
  • la perte éventuelle de garde au sol ;
  • l’accès à l’entretien ;
  • le bruit généré par la protection.

Crash-bars : utiles, mais pas toujours indispensables

Les crash-bars peuvent être très utiles, surtout quand on débute en tout-terrain avec un trail.

Ils permettent de réduire considérablement les dégâts en cas de chute, notamment sur les carénages, les réservoirs latéraux, les radiateurs ou certaines parties exposées de la moto. Sur les gros trails, où la moto tombe forcément de temps en temps à l’apprentissage, c’est une protection qui peut vite éviter une grosse facture.

Par contre, il faut aussi être honnête : les crash-bars ont des inconvénients.

Ils ajoutent du poids, prennent de la place, peuvent élargir la moto et parfois s’accrocher dans les pierres, les ornières, les branches ou certains passages serrés. Selon les modèles, ils peuvent aussi transmettre les chocs au cadre ou à certaines fixations.

Donc oui, pour un débutant ou pour quelqu’un qui découvre le tout-terrain avec une grosse moto, les crash-bars peuvent être une bonne sécurité.

Mais avec l’expérience, quand tu progresses, que tu chutes moins et que tu cherches une moto plus légère, plus fine et plus facile à emmener, il peut être intéressant de réfléchir à les enlever.

Comme souvent, ce n’est pas une règle absolue. Ça dépend de ton niveau, de ta moto, du terrain et de ton objectif.


3. Boîte à air, filtre à air et échappement

La respiration moteur est un point important, mais il faut rester cohérent.

Si tu modifies la boîte à air pour faire entrer plus d’air, mais que tu ne libères pas un minimum la sortie d’échappement, l’intérêt sera limité. À l’inverse, ouvrir l’admission et l’échappement peut parfois nécessiter une adaptation de la cartographie selon les motos.

Certaines machines acceptent très bien ces modifications sans reprogrammation importante. Par exemple, une KTM 890 peut très bien fonctionner avec une boîte à air type Rottweiler et une ligne plus ouverte. Mais ce n’est pas valable pour toutes les motos.

Avant de modifier, il faut donc vérifier :

  • si la moto supporte l’apport d’air supplémentaire ;
  • si une reprogrammation est nécessaire ;
  • si la ligne d’échappement est adaptée ;
  • si le niveau sonore reste acceptable ;
  • si l’usage reste compatible avec les événements auxquels tu participes.

4. Filtre à air : sec ou humide ?

C’est un point très important, surtout sur les événements poussiéreux.

Tu vas trouver principalement deux types de filtres :

  • les filtres à air secs ;
  • les filtres à air humides.

Pour un usage trail tout-terrain sérieux, je conseille largement les filtres humides, avec éventuellement un préfiltre si ta moto le permet.
Attention, si tu ne peux pas nettoyer ton filtre humide, privilégie une filtre papier sec que tu pourras secouer facilement.

Le plus important, c’est l’étanchéité à la poussière. Une moto qui avale de la poussière, c’est un moteur qui s’use très vite.

Si tu roules souvent dans le sec, la poussière, le sable ou sur des événements longs, le préfiltre (chaussette) peut être très intéressant. Il permet de protéger le filtre principal et de le remplacer ou le nettoyer plus facilement.

Attention aussi au nettoyage : un filtre humide régulièrement mais surtout pas à l’essence. L’essence peut détériorer la mousse et réduire l’efficacité du filtre. Il faut utiliser les produits adaptés.


5. Transmission : adapter le rapport de boîte

Sur un gros trail, le rapport d’origine est souvent pensé pour un usage mixte route / chemin. Pour du tout-terrain plus engagé, il peut être intéressant de raccourcir la transmission.

Deux solutions existent :

  • diminuer la taille du pignon de sortie de boîte ;
  • augmenter la taille de la couronne arrière.

Personnellement, je conseille plutôt d’augmenter la couronne. Trop réduire le pignon peut accélérer l’usure de la chaîne, car elle travaille sur un rayon plus petit.

Un rapport plus court permet :

  • de mieux gérer les passages lents ;
  • de moins jouer avec l’embrayage ;
  • d’avoir une moto plus facile dans le technique ;
  • de réduire la fatigue ;
  • d’améliorer la motricité à basse vitesse.

C’est un réglage simple, mais qui peut vraiment changer le comportement de la moto en tout-terrain.


6. Guide-chaîne et protection de sortie de boîte

Un guide-chaîne plus massif, typé offroad, peut être très utile.

Il permet de mieux maintenir la chaîne, de limiter les risques de déraillement et peut aussi protéger la couronne en cas de choc.

Autre point intéressant : la protection de sortie de pignon de boîte. Une protection ouverte en aluminium CNC, par exemple, permet souvent de mieux évacuer la boue, les cailloux et les herbes qui peuvent s’accumuler autour du pignon.

Ce sont des petites pièces, mais sur un événement long, elles peuvent éviter pas mal de problèmes.


7. Freinage : pas forcément besoin de tout changer

Dans la plupart des cas, il n’est pas nécessaire de remplacer les plaquettes de frein ou le liquide de frein par du matériel plus performant.

Si ton freinage est propre, entretenu, purgé correctement et adapté à ton usage, ça suffit largement pour beaucoup de pilotes.

En revanche, certains disques ajourés ou anti-boue peuvent être intéressants. Ils permettent une meilleure évacuation de la boue et un refroidissement plus rapide.

Mais avant de chercher la performance, il faut surtout vérifier :

  • l’état des plaquettes ;
  • l’état des disques ;
  • la purge du liquide ;
  • l’absence de fuite ;
  • le bon réglage des commandes.

8. Protège-mains, commandes courtes et leviers

Des protège-mains avec armature aluminium sont quasiment indispensables en tout-terrain.

Ils protègent tes mains, mais aussi tes leviers en cas de chute, mais également des jets de pierres de la moto de devant. Sur un événement, casser un levier d’embrayage ou de frein peut vite devenir très pénible.

Les commandes courtes peuvent aussi être intéressantes. Elles permettent de garder deux ou trois doigts sur le guidon tout en utilisant le frein ou l’embrayage.

Mais attention : avant de changer les leviers, il faut déjà bien régler ceux d’origine. Dans beaucoup de cas, un bon réglage permet déjà d’avoir une position très correcte.


9. Réglage de la pédale de frein arrière

En tout-terrain, tu dois pouvoir freiner debout, en position neutre, mais aussi en position arrière.

La pédale de frein arrière doit donc être réglée assez haute pour rester accessible avec des bottes type enduro.

Si elle est trop basse, tu vas devoir chercher la pédale, perdre en précision et parfois ne pas freiner au moment où tu en as besoin.

Le bon réglage dépend de ta position, de tes bottes et de ta moto, mais l’objectif est simple : pouvoir freiner facilement debout, sans te tordre la cheville.


10. Réglage du sélecteur de vitesse

Même logique pour le sélecteur.

Avec des bottes rigides, il faut souvent le remonter légèrement pour pouvoir passer les vitesses facilement, surtout debout.

Un sélecteur trop bas devient vite pénible en tout-terrain. Tu rates les rapports, tu forces avec le pied, tu perds en fluidité.

Là aussi, le réglage doit rester naturel. Il ne faut pas non plus le mettre trop haut, sinon tu risques d’avoir du mal à rétrograder proprement.


11. Réglage des commandes au guidon

Le réglage des commandes est un point souvent négligé, alors qu’il change vraiment le confort de pilotage.

Embrayage

Tu dois pouvoir débrayer complètement tout en gardant deux ou trois doigts sur le guidon.

En général, cela veut dire que ta commande d’embrayage doit commencer à travailler avant de venir écraser tes doigts. Il faut souvent garder environ 1,5 à 2 cm de marge avec la poignée, selon les motos et les leviers.

L’objectif est d’avoir de la précision sans perdre le contrôle du guidon.

Frein avant

Même logique pour le frein avant.

Tu dois pouvoir freiner avec un ou deux doigts, tout en gardant une bonne prise sur le guidon.

Le frein avant en tout-terrain doit être progressif. Le réglage du levier doit permettre de doser, pas de subir.

Inclinaison des commandes

Tes commandes doivent être quasiment dans l’alignement de tes bras lorsque tu es debout.

Pas totalement vers le bas non plus, car tu bouges beaucoup sur la moto. Tu dois pouvoir les utiliser facilement quand tu es devant, au centre ou à l’arrière de la moto.

Le bon réglage, c’est celui qui reste utilisable dans toutes les positions et surtout le plus confortable.


12. Position du guidon

En offroad, le guidon est souvent positionné légèrement plus sur l’avant qu’en usage routier.

La raison est simple : en tout-terrain, tu vas souvent rouler avec le buste vers l’avant, les bras en fer à cheval, prêt à accompagner la moto.

Certains guidons ont même des repères “road” et “offroad”.

Le mieux est d’avancer progressivement ton guidon, petit à petit, puis d’essayer. Il ne faut pas tout modifier d’un coup.

Un guidon trop en arrière va te fermer la position. Un guidon trop en avant peut te fatiguer ou te mettre en contrainte. Il faut trouver le bon compromis.


13. Jantes offroad : utile pour aller plus loin

Si tu veux vraiment une préparation complète, tu peux envisager des jantes plus orientées tout-terrain.

Une jante arrière plus étroite, en 140 par exemple, permet souvent d’avoir une moto plus stable, plus maniable, plus réactive et moins fatigante dans le technique.

Les jantes avec rayons centraux, plutôt que latéraux selon les modèles, sont aussi plus adaptées à un usage offroad engagé.

Ce n’est pas obligatoire pour tout le monde, mais sur les gros trails utilisés régulièrement en tout-terrain, c’est une vraie évolution.


14. Guidon enduro

Un guidon typé enduro peut aussi apporter un plus.

Il est souvent un peu plus large, avec un cintre moins prononcé qu’un guidon trail classique. Résultat : plus de stabilité, plus de maniabilité et un meilleur équilibre en tout-terrain.

Là encore, ce n’est pas la première modification à faire, mais si tu cherches à affiner ta position, ça peut être intéressant.


15. Embrayage à câble : démultiplicateur possible

Sur certaines motos équipées d’un embrayage à câble, tu peux ajouter un démultiplicateur.

L’intérêt est d’augmenter légèrement la course utile du point de patinage. Tu gagnes en précision dans les passages techniques et tu fatigues moins les doigts.

C’est particulièrement intéressant pour les motos qui demandent beaucoup d’embrayage dans le lent.


16. Poignées mousse

Les poignées mousse sont une petite modification simple, mais très agréable.

Elles réduisent considérablement les vibrations et donc les fourmillements dans les mains, surtout sur les longues journées.

Sur plusieurs jours de roulage, ce genre de détail peut vraiment améliorer le confort.


17. Navigation : visible, solide et alimentée

Sur ce type d’événement, le système de navigation est essentiel.

Il doit être :

  • étanche ;
  • bien fixé ;
  • alimenté correctement ;
  • lisible assis ;
  • lisible debout ;
  • accessible sans gêner le pilotage.

L’erreur classique est de placer la navigation trop basse. Résultat : tu dois baisser la tête en roulant, ce qui fatigue et peut devenir dangereux.

Il faut trouver une position qui permet de jeter un coup d’œil rapidement, sans quitter longtemps le terrain des yeux.

Pense aussi à sécuriser l’alimentation. Une prise qui se débranche ou un câble qui casse peut vite compliquer la journée.


18. Shunt du capteur de béquille

Le capteur de béquille peut devenir un vrai problème en tout-terrain.

C’est fragile, exposé, et quand ça commence à déconner, la moto peut couper sans prévenir ou refuser de démarrer.

Si tu pars sur un événement engagé, le shunt du capteur de béquille peut clairement éviter des galères. Franchement, si ta moto est concernée, c’est un point à ne pas négliger.


19. Pneus

Le choix des pneus est un sujet à part entière.

Il dépend du terrain, de la météo, du poids de la moto, de ton niveau, de la pression, du choix chambre / tubeless / bib mousse, et de ton objectif sur l’événement.

Je t’invite à consulter l’article dédié aux pneus trail tout-terrain ici.


20. Matériel à emporter : inutile de prendre toute la caisse à outils

Sur un événement, inutile d’emporter tout ton atelier, sauf si tu es guide ou responsable d’un groupe.

L’idée est plutôt d’avoir de quoi faire les réparations simples et importantes :

  • rattacher un sabot moteur ;
  • changer une commande au pied ;
  • changer ou réparer une commande au guidon ;
  • remettre un plastique ;
  • refixer une ligne d’échappement ;
  • réparer une petite panne électrique ;
  • dépanner proprement sans tout démonter.

Dans le sac ou sur la moto, tu peux prévoir :

  • beaucoup de colliers plastiques ;
  • du gros scotch renforcé ;
  • un jeu de câble électrique en 2,5 mm² ;
  • une pince multifonction type Gerber ;
  • quelques vis courantes ;
  • un petit jeu de clés adapté à ta moto ;
  • un levier d’embrayage ou de frein si ta moto y est sensible ;
  • une pédale ou sélecteur de secours si tu pars sur un événement engagé ;
  • de quoi refixer rapidement un élément arraché.

Le but n’est pas de refaire un moteur au bord de la piste. Le but est de pouvoir repartir.


21. Ce qu’il faut retenir

Préparer sa moto pour un événement trail tout-terrain, ce n’est pas forcément acheter toutes les pièces possibles.

La priorité, c’est :

  1. des suspensions bien réglées ;
  2. une moto protégée ;
  3. un filtre à air efficace ;
  4. une transmission adaptée ;
  5. des commandes bien réglées ;
  6. une navigation fiable ;
  7. un minimum d’outillage intelligent.

Une moto bien préparée, ce n’est pas seulement une moto plus performante. C’est surtout une moto plus facile, plus fiable et moins fatigante.

Et sur un événement de plusieurs jours, c’est souvent ça qui fait la différence.

Bonne chance dans ta prépa, et surtout : prends le temps de tester ta moto avant le départ. Le jour de l’événement, ce n’est plus le moment de découvrir qu’un réglage ne te convient pas.

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